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Note en bas de page, outil d’érudition utilisé par les historiens pour transformer une narration en document très rigoureux, non pas pour apporter au lecteur des événements réels du passé, mais pour apporter des générations de commentaire textuel au lecteur en bas de page.

Bien que les historiens du XIXe siècle qui réécrivaient l’histoire avec des notes avaient tout à fait compris que les textes d’histoire devaient être présentés parce que l’histoire réelle ne peut jamais être retrouvée, seulement quand les historiens contemporains l’ont codifié est ce fait connu en détail. Historien de l’époque moderne, Anthony Grafton, dans son livre The Footnote : A Curious History, a essayé d’établir les raisons pourquoi la culture de l’Ouest présume que ses histoires sont scientifiques. Nous avons pris un chemin de plus de scientificité avec la modernité bien sûr, mais, les historiens modernes écartés d’une scientificité par des choses diverses, leur nouveau chemin apparaît très arbitraire et ces choses sont considérées en dehors de la discipline scientifique.

Historien du XIXe siècle Leopold von Ranke était convaincu - selon Grafton - qu’un exposé historique nécessitait une vérification des faits qui sont combinés aux œuvres eux-mêmes pour l’aboutissement du lecteur vers ses vérités. Mais, les romans de Sir Walter Scott et la richesse de leur présentation comme l’histoire avaient amené Ranke vers le sien, même s’ils ont été amenés en mécontent à cause de leur manque de véracité dans leurs récits historiques. Sa présentation du texte signifie toute l’histoire scientifique ; une démarcation très forte entre les notes en bas de page et le récit principal du texte qui pouvait donc engager le lecteur dans une tournure de phrase, tout là-bas, dans cette région qui occupe presque toute la page quand l’exposition réelle est une seule ligne comme les lignes seules dans le dictionnaire de l’historien et proto-encyclopédiste Pierre Bayle, expliquer ci-dessous.

Avant les écrits de Ranke, le dictionnaire critique de Pierre Bayle a débuté à cause de mécontent : la prééminence de L’Écriture sainte obscurcissait la lecture des textes théologiques, qui prenaient des opinions hérétiques, et d’autres textes que la bible. Que les humains du XVIIe siècle aient dû regarder la Bible comme le meilleur des textes est hors de propos, si elle était lue de manière critique. Un récit public approuvé par L’Église sans notes, mais avec une narration minimale doit fournir des notes pour toutes les sources théologiques sur la page du texte narratif et vous aurez, en théorie, un philosophe sorti de l’habitus du lecteur paysan.

Cette action politique d’écriture de Bayle exprime des niveaux multiples attentes : premièrement, en milieu religieux, pour démontrer au paysan la faillibilité de l’Écriture pour qu’il croie Le Pape n’en avait pas de raison sur des matières doctrinales de L’Église. Deuxièmement, pour que la notion de « l’interprétation » soit née pour le lecteur laïc. Mais au-delà de cette réorientation du laïc in situ, une réorientation collective des laïcs aurait pu amener la société vers la naissance, de philosophes qui ont écrit des récits du dictionnaire avec leurs propres notes et qui possédaient leurs propres projets radicaux. En fait, si le philosophe aimait bien être plus radical, il comprendrait l’écriture comme une compilation, et sa page exploserait en beaucoup de notes. On demande si une page avec des notes n’avait aucun texte narratif, et ce fait aurait plu à Bayle et aux autres.

Sa conception est une bonne compréhension de l’écriture non séquentielle, bien qu’on pense qu’elle n’est pas formulée jusqu’au système de Theodore Nelson et la notion de l’hypertexte du XXe siècle. En fait, avec Bayle et « la compilation » au centre, l’écriture non séquentielle pouvait être trouvée dans les liaisons nues entre des références. L’écriture est donc la présentation des textes interconnectés. On peut également réaliser une écriture en transportant le lecteur aux autres textes — les textes mêmes. Quand la notion de la compilation comme écriture politique est très radicale parce qu’elle demande à ce que les lecteurs lisent un livre à un moment, mais aussi tout en lisant tous les textes auxquels ce livre fait référence. Alors, à cause de cette action, le projet de l’Éclaircissement du XVIIIe siècle est réalisé ; un clonage de l’encyclopédisme en information ou en notion de toute l’information qui est devenue « virale » — surtout pendant la Révolution française.

Pourquoi encore cette discorde de révolution à cause de notes en bas de page ? Bien sûr, les écrivains du dictionnaire ont dit des choses qui défient L’Église et sa moralité. Ils ont dit en effet aux prêtres catholiques que ces notes prouvent irréfutablement leur position radicale. Oui, les notes la prouvent, purement pour la raison qu’il y a ce défi, et dans l’intensité d’une sémantique religieuse. Le pouvoir des notes en bas de page vient aussi de l’inversion de ces notes de l’argument raisonné typique de l’écriture critique. En remplissant presque toute une page avec des notes, en contraste d’une seule ligne pour le raisonnement principal1, ces écrivains ont commencé une réorientation de la lecture. Les lecteurs du dictionnaire lisent donc une ligne et puis ils changent de contexte en lisant des textes historiques qui ont rendu cette même ligne possible. Ce processus est un façonnage en entier de la pensée non séquentielle. C’est aussi radical, et ses changements affectent l’infrastructure de la pensée occidentale, pour que nous puissions devenir modernes.

La notion que nous sommes devenues modernes en ce moment, elle est très curieuse en relation à la pensée contemporaine du non-modernisme et du post-humanisme, parce que cette pensée a contesté cette condition de notre « modernité », et tout justement. Mais, nous avons gagné en partie — comme si nous sommes prémodernes habitant après notre modernité — plus d’une pensée non séquentielle, mais nous avons surtout perdu, avec nos encyclopédies, l’aspect radical qu’un dictionnaire critique possédait, mais qu’un « wiktionnaire » ne possède pas : un alignement de son innovation structurelle avec sa valeur sémantique, politique et critique. Pour finir, l’innovation des notes en bas de page du XVIIe siècle est homologue au défi de L’Église, de son projet philosophique, et du projet encyclopédique des Lumières du XVIIIe siècle.

1. Le passage suivant démontre la magnitude d’intervention de Bayle. C’est ici le narratif principal de l’article du Dictionnaire Critique de Bayle, « MANICHÉENS » qui est écrasé totalement par la taille de ses notes qui étendent pour six pages. La contraste est assez grande qu’on peut mettre, par conséquence, le texte entier dans un note en bas de page. Bayle a écrit:
  « Hérétiques dont l’infame Secte fondée par un certain Manes, commença au troiséme Siécle, & s’établit en plusieurs Provinces, & subsista pour long-tems. Elle enseignoit néanmoins les choses du monde qui devoient donner le plus d’horreur. Son foible ne consistoit pas, comme il le semble d’abord, dans le dogme des deux Principes, l’un bon & l’autre méchant; mais dans les explications particulieres qu’elle en donnoit, & dans les conséquences pratiques qu’elle en tiroit. Il faut avouer que ce faux dogme, beaucoup plus ancien que Manes, & insoutenable dès que l’on admet l’Ecriture Sainte, ou en tout, ou en partie, seroit assez difficile à réfuter, soutenu par des Philosophes Païens aguerris à la Dispute. Ce fut un bonheur que St. Augustin, qui savoit si bien toutes les adresses de la Controverse, abandonnât le Manichéisme; car il eût été capable d’en écarter les erreurs les plus grossieres, & de fabriquer du reste un Système qui entre ses mains eût embarrassé les Orthodoxes. Le Pape Leon I témoigna beaucoup de vigueur contre les Manichéens; & comme son zêle fut soutenu par les Loix Impériales, cette Secte reçut alors un très-rude coup. Elle se rendit formidable dans l’Armenie au IX Siécle, comme je le dis ailleurs, & parut en France dans le Siécle des Albigeois: c’est ce qu’on ne peut nier; mais il n’est pas vrai que les Albigeois aient été Manichéens. Ceux-ci, entre autre erreurs, enseignoient que l’ame des plantes étoit raisonnable; & ils condamnoient l’Agriculture comme un exercice meurtrier; mais ils la permettoient à leurs Auditeurs en faveur de leurs Elus.
  Comme dans cet Article, dans celui des MARCIONITES, & des PAULICIENS, & dans quelques autres, il y a certaines choses qui ont choqué beaucoup de personnes, & inspirer des doutes aux Lecteurs Chrétiens, J’AVERTIS ici que l’on trouvera à la fin de cet Ouvrage un Eclaircissement qui montera que ceci ne peut donner nulle atteinte aux fondemens de la Foi Chrétienne. »

(B) - 27 decembre 2013.