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Voix mécanisée, la parole d’un non humain à peu près définie, soit une image muette qui représente le langage, soit une machine moderne qui crée le langage comme un son réel. La voix mécanisée a frappé l’imagination de beaucoup de physiciens et de philosophes depuis les trois cent années dernières.

Avant la conception contemporaine de la voix mécanisée de l’informatique, l’attribution de « voix » à ceux qui n’ont pas de langage humain a cristallisée au dix-huitième siècle dans les débats sur la supériorité de la poésie comparée à la peinture, les débats ut pictura poesis. Par exemple, définie généralement comme la description verbale d’une œuvre d’art, la figure d’ekphrasis a permis aux esthéticiens de cet âge de produire une philosophie d’image et de temps. Cette philosophie est fondée sur le fait prétendu qu’on pense que le langage est de temps alors qu’une peinture est un seul moment dans le temps et est donc inférieure.

En revanche, une langue peut tomber sous le coup d’œil omniscient d’image, puisqu’une ekphrasis peut être aussi une image qui représente un texte. Dans ce sens, l’action de peindre un texte est une production d’un texte comme un corps organisé dans le sens de Buffon ou de Bonnet. De plus, en étant rendu compte, le texte est un vivant qui peut donc parler, avec les matérialités qui ont été entendues historiquement plus que les matérialités des textes. Mais malgré la préférence pour les textes d’esthéticiens du dix-huitième siècle Lessing et DuBos (entre autres) l’apparition à ce moment des images qui représentent les mots et la parole a codé une métaphysique d’image comme une ancêtre de nos machines — de l’âge du phonographe d’Edison à la révolution informatique.

Non pas par le hasard, Edison maintenait une continuité avec l’ekphrasis : le premier phonographe — surgi de Faust et du monstre de Mary Shelly — a joué « Mary had a little lamb ». Peut-être un petit Frankenstein, cet événement n’est pas une animation seulement d’un semblant oral, mais une conservation et une représentation de formes disparues de l’histoire de la représentation. De Goethe à Shelly et Edison, le compte-rendu d’enregistrement du son n’est qu’une ekphrasis inscrite dans un cylindre phonographique plutôt qu’une telle ekphrasis inscrite dans les pigments sur la toile.

Cet artifice d’Edison continuait dans l’invention de la voix mécanisée avec le système du téléphone automatique. Inventé par Almon Strowger, ses opérateurs ne connectent plus manuellement les lignes téléphoniques, mais où ils y avaient des fils électriques insérés dans un panneau, les boutons s’étalaient sur ce panneau de cacher plutôt un bras mécanique qui connectait automatiquement deux appels téléphoniques. En ce sens, ces machines de l’âge mécanique sont les analogues de machines artistiques de Dada et sont reflétées dans l’évolution de l’art moderne. L’artiste ou l’inventeur se concerne — dans l’atelier qui est devenu un laboratoire — non pas avec l’espace de la signification de la peinture seulement, mais avec le monde comme un atelier et un espace d’exhibition. Et quel autre sujet est approprié pour un art du monde que la représentation d’humain — et du langage humain dans sa vocalisation artificielle ? L’étude de Michel Chion, La voix au cinéma, montre que derrière le panneau du grand écran, la voix, cachée à la fois, y a émané, malgré ce spectacle de la vision qui existe pour une détente des opérateurs/spectateurs.

La connexion de la voix mécanisée à l’art et à la technologie occidentale est donc très prononcée dans les nouveaux médias. Dans les années soixante, les ordinateurs sur la télévision américaine sont devenus incorporés par les voix de femmes. Historiquement, les ordinateurs (comme les opérateurs de Strowger) ont été les femmes qui ont fait manuellement le calcul mathématique, par exemple, de déterminer les trajectoires des missiles durant la Seconde Guerre mondiale. L’ordinateur de Star Trek avec la voix féminine a donc transplanté l’une de ces femme-ordinateurs à la science-fiction de Gene Roddenberry aussi qu’Edison a créé une ekphrasis avec de parole réelle, sortie de la philosophie de ut pictura poesis de Lessing.

Ce refoulement d’art et de technologie est enfoncé dans tous nos appareils informatiques. Bien qu’il y ait beaucoup de voix synthétiques d’Apple qui sont utilisées dans leur système d’exploitation Macintosh, la voix choisie pour « Siri », l’assistante digitale d’iPhone 4 est synthétique, mais surtout, féminine. Alors cette grande trajectoire d’arts et de techniques a culminé non seulement dans la technologie de bonne utilisabilité, mais aussi avec une technologie qui existe également en sa complexité à côté d’humains. Comme un ensemble d’objets et d’appareils, cette trajectoire parle donc plus généralement non pas d’art ou de technologie, mais surtout, du désir.

(B) - 18 août 2012.